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3. A nous, maintenant !

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Comme je vous l’ai proposé hier, à nous de faire. On va jouer au navigateur.

Voici la situation vue au moyen des outils dont les coureurs disposent à bord :
• Une analyse de surface permettant de visualiser la situation générale (http://weather.noaa.gov/pub/fax/PYEA11.gif )

• Une photo vue par les satellite géostationnaire MSG2 récupérée (http://www.sat.dundee.ac.uk/) et travaillée à bord.

1. Le triangle africain sans vent.
2. La partie active du pot au noir.
3. Les alizés d’Atlantique Sud.
4. Les alizés d’Atlantique Nord.
5. La position de la flotte.

• Un champ de vent observé par le diffusiomètre du satellite Quikscat (http://manati.orbit.nesdis.noaa.gov/quikscat/ )

C’est une donnée précieuse que l’on va corréler à la précédente pour tenter de repérer, sur la photo sat’, les zones de calmes à éviter.

• Des observations en temps réel disponibles sur :
  http://www.ndbc.noaa.gov/maps/tropical_atlantic.shtml

• Des champs de vents prévus par le modèle européen (ECMWF), superposés à la photo satellite en infrarouge, affichée par uGrib (version pro) : http://www.grib.us/

• Et puis, bien sûr les logiciels de routage que l’on laisse tomber dans cette zone, les prévisions n’étant pas fiables. On route jusqu’à l’entrée du diabolo, puis on s’y remet à la sortie. On travaille «à la main» dans l’intervalle. Nous en reparlerons.

Vous savez tout, à vous de jouer maintenant !
On se retrouve à la sortie du pot au noir : «Hémisphère Sud, bilan et perspectives»…
 

2. Le diabolo et le triangle africain

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Le Pot au noir, on n’y échappe pas

Le pot au noir des marins, appelé Zone InterTropicale de Convergence (ZITC) par les météorologues, ou FIT (Front InterTropical) par les aviateurs, marque la convergence entre les alizés de l’hémisphère Nord et ceux de l’hémisphère Sud, tout autour du globe.
Sur les zones océaniques, il suit le rythme des saisons, avec deux mois de retard : de sa position la plus Nord en août (vers 15-20° N en Atlantique), il dérive vers sa position la plus Sud en février (vers 001° S en Atlantique Nord). En novembre, le pot au noir est situé vers 007-008° N sur l’Atlantique.

(http://www.nrlmry.navy.mil/sat-bin/global.cgi )

Anticiper l’imprévisible.

Le pot au noir se caractérise par :
- de puissants nuages à forte extension verticale donnant de fortes précipitations ;
- des vents variables suivi de zones de calmes épuisants ;
- un minimum de pression (1011 hPa) très étendu en latitude, ce qui ne permet pas d’utiliser cette information pour positionner le passage.
Dans la traversée de ce passage, le vent sera variable en force et direction, entre 0 et 40 kts et du Nord au Sud en passant par l’Est et l’Ouest. Les modèles météo ne peuvent guère faire mieux que de prévoir la position de la zone pénible, mais sont inappropriés pour en prévoir les détails. Bien évidemment, tout cela se modifie de jour en jour, voire d’heure en heure…
On peut dire que prévoir les détails du vent et des nuages dans le pot au noir, c’est comme essayer de prévoir où vont se former les bulles dans une casserole d’eau bouillante. Le pot au noir peut se schématiser ainsi :

Il est large côté africain (le triangle africain sans vent). La zone la plus étroite se situe souvent à cette saison entre 25° W et 30° W. C’est le diabolo. Le même en couleur :

A l’Est, un peu mais pas trop, et un peu Ouest quand même…

Stratégiquement, c’est un casse-tête : on cherche à se positionner dans le diabolo, là où le pot au noir est le moins large. Mais en rester là serait trop simple :
- sachant que l’on attend du vent de SE à la sortie du pot au noir, on cherchera à se positionner dans l’Est du diabolo pour naviguer plus abattu, donc plus rapide à la sortie du pot au noir.
- on est alors proche du triangle africain sans vent, et on peut y rester engluer un bon moment.
- dans l’Ouest de la zone de passage, le passage sera plus facile, mais on risque de naviguer à une allure bien serrée dans l’alizé d’Atlantique Sud.
C’est le genre de zones où il est déraisonnable d’espérer faire des gains : un bon statu quo dans le classement est déjà un résultat flatteur.

La répartition des routes le 19 novembre, juste avant le ralentissement de la flotte, illustre les choix stratégiques :

Peyron tente de «couper le fromage» vers 26°30 W, tablant sur un triangle africain situé dans une position plutôt Est. Armel Le Cléac’h (45 milles derrière) prend un peu de marge vers 27° W et «Bilou» Jourdain (137 milles de retard) tente une option plus Ouest vers 28°30 W, pariant sur du vent plus stable. Notez la route de Jean Le Cam, obligé de se recentrer au prix de nombreux empannages. Son avarie de pilote n’arrangera pas les choses.
Vers 15h00, le 19 novembre, situation figée : vitesses 2-3 kts.
Les 20 et 21 novembre, le pot au noir n’est pas trop agressif, les vitesses restent de l’ordre de 5-8 kts pour les premiers.

Le 21 novembre, c’est «Bilou» qui fait la bonne affaire, son retard sur Peyron diminuant de moitié (67 milles). Il reste à voir ce que cela donnera après le pot au noir, dans l’alizé d’Atlantique Sud, lorsque les coureurs navigueront au largue serré.

Demain, nous jouerons au navigateur. Nous essaierons de faire les bons choix afin de nous positionner au mieux…
 

1. Stratégie : entre deux… mots, il faut choisir le moindre

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La stratégie, c’est simple comme quelques mots bien sentis : envolée vers le front froid, traîne, coin, aile de mouette, investir dans l’Ouest, p… d’îles, diabolo, triangle africain… Ces mantras font référence à des problèmes stratégiques que les navigateurs connaissent par cœur, explorent ou craignent.


Front froid et traîne

La situation de départ du Vendée Globe, du 9 novembre au 10 novembre, ne pousse pas à l’optimisme : front froid sur le golfe de Gascogne qui progresse rapidement vers l’Ouest. Il est actif et il n’y a pas d’autre choix que de faire une route plein Ouest avant de le traverser, le 10 novembre dans la soirée.


(vent mesuré par satellite le 10 novembre vers 19h00 UTC – http://manati.orbit.nesdis.noaa.gov/quikscat)

La bascule derrière le front est sauvage, prenant même quelques solitaires à contre-pied. Le matossage au vent de la petite tonne de matériel, une fois le bateau couché sur l’autre amure, rappelle que la voile n’est pas toujours un sport d’intellectuel !
Le 11 novembre, pas d’armistice : les questions stratégiques deviennent plus subtiles dans la traîne (l’air froid qui suit le front froid). Deux options concurrentes :
- abattre sous la route dans le vent de NW pour privilégier la vitesse en espérant que la bascule à droite sera suffisante pour passer le cap Finisterre dans de bonnes conditions (voir Peyron) ;
- se caler sur la route directe pour ne pas s’approcher du cap Finisterre (voir JP Dick).

Le coin du cap Finisterre

L’approche du cap Finisterre pimente un peu l’action : par vent de NW, la présence des reliefs importants se traduit par «un effet de coin» avec vent plus faible dans une zone de 20 milles autour du Cap.

Résultat des courses le 11 au matin : beaucoup de prise de tête pour rien. Dick mène de 2 milles devant Peyron. Alors, on continue…

L’anticyclone et l’aile de mouette

Prochain problème et non des moindres, l’anticyclone qui rôde au large de la péninsule Ibérique. Lui, on le tient à l’œil.
Le problème stratégique se pose ainsi :
- on ne veut pas se faire prendre dans les calmes de la zone centrale sans vent ;
- on veut éviter de faire «le tour de la paroisse» sur une route longue et plein vent arrière.
Donc :
- on attaque l’anticyclone tribord amures, avec du vent de Nord, sur un angle un peu plus rapide que le meilleur VMG à la descente. On pousse vers l’anticyclone aussi loin qu’on l’ose sans se faire prendre dans le petit temps ;
- on approche le centre de l’anticyclone auquel est liée une bascule du Nord-Est à l’Est. Il va falloir effectuer un empannage «bien pensé» ;

- on sort de l’anticyclone bâbord amures dans du vent d’Est, forcissant au fur et à mesure que l’on s’éloigne de l’anticyclone.
Si tout se passe bien, on a joué astucieusement la bascule de NNE à ENE. Si tout se passe mal, on reste planté dans les calmes.

Application le 13 novembre :

Les audacieux menés par Riou et Dick ont investi dans l’Ouest, les pondérés (Peyron) se sont montrés un peu plus prudents et les timides, comme Guillemot, se méfient de l’anticyclone. Avantage léger au groupe de l’Ouest et du centre.


Investir dans l’Ouest

Bon, il serait quand même un peu temps de parler de stratégie au large. Jusqu’ici, les navigateurs ont joué à court terme (un à deux jours). Maintenant, on joue long : quatre jours à une semaine.
Si la situation météo ressemble à la situation moyenne (ce qui est le cas cette année), il va falloir gérer correctement la bascule de NE à ENE dans le flux d’alizé, au Sud de l’anticyclone. Stratégie : investir dans l’Ouest au début pour ne pas avoir à revenir vent arrière dans du vent mollissant à hauteur des îles du Cap-Vert.

Voilà pour la théorie.
Et voici pour les doutes :
- et si les bateaux dans l’Est ont plus de vent le long de la côte africaine, au voisinage des Canaries, comme c’est souvent le cas ?
- et si les bateaux à la côte bénéficient d’une franche bascule au Nord qui leur permet de revenir dans l’Ouest sans rien payer ?
- et si l’anticyclone se déplace traîtreusement vers l’Est ralentissant les investisseurs de l’Ouest ?

La répartition de la flotte le 14 novembre montre bien les hésitations de chacun :

Riou et Le Cléac’h, dans l’Ouest, espèrent que Peyron et Le Cam devront empanner pour venir les rejoindre plus tard, perdant ainsi de leur superbe. En attendant, ce groupe du centre va bien vite…

Les îles

Une fois dans les alizés, au Sud de l’anticyclone, c’est presque les vacances – enfin, aux grains près – et les îles…
La principale différence entre course et croisière est que, en course, il y a toujours une île et son dévent qui se tiennent sur la route pour semer la pagaille, quel que soit le parcours, quelle que soit la partie du monde. En croisière, c’est le contraire : lorsque l’on veut atteindre une île, le vent nous en éloigne systématiquement. Il faut batailler au près ou dans les calmes pour s’en approcher et éventuellement l’atteindre.   
On se donne comme règle que le dévent d’une île s’étale sur environ 30 fois la hauteur de l’île, ce qui donne une distance de sécurité de 60 à 80 milles ; dans le cas d’un groupement d’îles, il faut être encore plus généreux.
Le Vendée  Globe n’échappe pas à la règle. Et ça festonne autour de Madère (Jean Le Cam), ça s’englue sous le vent des Canaries (Marc Guillemot, qui l’a payé cher) et ça tricote dans l’archipel du Cap-Vert (Le Cam, encore, et Josse).

Les partisans de l’Option Ouest citent, comme un avantage certain, l’éloignement des îles et de leur dévent qui, en solitaire, imposent manœuvres et stress.

Et la suite ?
Les concurrents vont entrer dans le domaine diabolique du triangle africain et du diabolo…