Foncia va bientôt sortir de la zone d’alizés et attaquer l’anticyclone Atlantique qui a pris ses quartiers d’hiver au Sud des Açores. Il faut dire qu’il est bousculé par un flux d’Ouest puissant dont nous avons eu un exemple ce week-end.
Voici la situation météo du dimanche 25 janvier (https://www.fnmoc.navy.mil/public/ ) :

En altitude, vers 10 000 mètres, le jet stream s’énerve : 100 à 150 kt de vent d’Ouest permettent toutes les audaces aux divers tourbillons dont certains s’amplifieront jusqu’à la taille de dépressions brutales.

Au niveau de la mer, dans les vagues, voilà le résultat (échelle à droite en pieds).

Michel Desjoyeaux fait route plein Nord, vers le Groenland, comme s’il ne savait pas où se trouvent Les Sables. On connaît la musique : il va chercher le flux d’Ouest au plus court. Après une douzaine d’heures de vent plutôt faible, ce sera, pour Foncia, le dernier rush vers la maison dans un régime dépressionnaire soutenu : les quarantièmes rugissants, ceux de l’hémisphère Nord cette fois. Voici la prévision pour le mercredi 28 janvier, au niveau des Açores :

http://weather.noaa.gov/fax/marsh.shtml

Veolia tient le coup à 500 milles du leader. Pour Bilou, il s’agira certainement de préserver cet écart et le résultat dans des conditions qui s’annoncent difficiles au Nord de l’anticyclone.

Brit’Air est encore dans l’alizé et Armel doit commencer à jouer de la calculette. Il court en temps compensé contre Marc Guillemot pour la troisième place.

Rappel des compensations accordées suite aux arrêts pour porter assistance :
Safran : 82 heures.
Roxy : 32 heures.
Brit’Air : 11heures.

C’est tout, pour Armel ? Eh oui, c’est tout. Pas cher payés, les efforts pour aider Jean Le Cam, et les explications alambiquées du jury ne sont guère convaincantes. Résultat, Brit’Air doit arriver trois jours avant Safran pour conserver sa place.

Roxy et Safran s’offrent un savant pas de deux le long de la côte brésilienne : à suivre…

Des noms…

Vincent Riou s’était fait un surnom dans le précédent Vendée : «Vincent le Terrible» qui lui va comme un gant, en course, et ne dit rien de sa gentillesse et de sa modestie.

Mike Golding
navigue avec talent depuis assez longtemps pour que le petit monde de la voile ait francisé son nom en «Michel Doré». C’est une marque d’affection envers les navigateurs étrangers venant se frotter au gratin du solitaire breton. Il y a des précédents : Mike Birch était connu vers La Trinité comme «Michel Bouleau». Ellen MacArthur n’a pas pu échapper à la «Reine Arthur». Samantha Davies n’a pas besoin de surnom, son prénom en tient lieu : «Sam» suffit (désolé…).

Jean le Cam, lui, a atteint, avec la gloire due à ses nombreux exploits, un sommet de la révérence maritime : il est traduit en breton. «Le roi Jean», comme on l’appelle à Paris, est connu dès le pays Glazik comme «Yann Ar Cam». On en rêve tous.

«Bilou» est plus connu que Roland Jourdain : dans son enfance un voisin venant du Nord de la France l’a surnommé «Biloun», puis «Bilou», bien avant le succès de «Bienvenue chez les Ch’tis».

Armel Le Cléac’h a été un temps surnommé «le Chacal» par quelques concurrents jaloux : il s’agissait de rappeler son aptitude à soutenir le train en régate puis à finir par une attaque rapide et définitive. On ne l’utilise plus guère. Armel est maintenant dans la cour des grands ; un peu de respect alors.

Michel Desjoyeaux, dernier de la fratrie, fut surnommé il y a longtemps, «Petit Desj» et même «Breakfast» ; ça n’a pas duré. «Le Professeur» a été inventé par les journalistes à leur usage propre. Aucun de nous ne l’utilise. Cela étant, il est vrai que la démonstration est magistrale. Pour nous, c’est simplement «Mich» et on a tout dit.

Les cinq premiers concurrents sont tous issus du centre d’entraînement de Port-La Forêt. Dans des temps anciens, à l’époque où les skippers étaient des grands gueulards dépositaires de l’antique sagesse de la voile, l’un d’entre eux, et des plus fameux, avaient surnommé l’endroit «La Vallée des Fous». Des équipiers plus en prise avec les réalités du monde de la voile et «les mains dans la colle» parlaient de «Sikaflex Valley».

Tout cela n’explique pas une telle concentration de talents et d’expériences dans cet irréductible petit port breton. Les anciens prétendent que dans la région de Port La Forêt, la nuit, pendant les coups de vent d’hiver, on entend l’appel de la mâture…

Maintenant, on dit «Portlaf».
Et on lève son bonnet s’il vous plaît…