Foncia en finit de sa dispute avec le Pot-au-Noir : à cette saison, et au large du Brésil, il se situe vers 0°30 S et ne se manifeste pas trop méchamment. Quelques grains visibles sur les photos sat et bientôt l’alizé d’Atlantique Nord.


(affichage Ugrib, version pro).

Malgré le beau temps, la remontée de l’alizé, soutenu cette année, ne sera pas une partie de plaisir : vent du 60-70, 25 kt avec des grains, mer nerveuse. Chaud et humide à l’intérieur, humide et chaud sur le pont…

Derrière, Veolia se rapproche à grandes enjambées sur un petit air d’accordéon : bon pour le moral, mais ça ne durera pas. Il faudra cotiser comme tout le monde au passage du Pot-au-Noir. On fera les comptes le week-end prochain. Brit Air navigue toujours dans l’alizé d’Atlantique Sud en espérant l’adonnante à l’Est.

«Espérer». A bord, on ne fait que ça : espérer que le vent tourne, force, mollisse, ou «reste comme ça», que la mer s’aplatisse, que la pluie s’arrête ou reprenne si on manque d’eau. Espérer bientôt arriver et espérer repartir rapidement. L’espoir fait naviguer…

Psycho

A ce stade de la compétition, les considérations psychologiques tiennent presque autant de place que la stratégie météo. Comment déstabiliser Desjoyeaux qui semble lire dans les systèmes météorologiques comme d’autres dans les entrailles de poulet ? Pour Mich’, comment parquer les poursuivants d’un côté du plan d’eau pour mieux les surveiller et les regarder s’entre-déchirer ?

Chacun joue de sa personnalité avec plus ou moins de rouerie.

Mich’ nous le fait serein du genre : «J’applique avec continuité et discernement la méthode qui m’a si bien réussi jusqu’ici et qui fait que vous cavalez derrière. Tout va bien, je n’ai jamais eu de problèmes et d’ailleurs, je les ai résolus…»
Bilou met la pression en rappelant que son bateau est aussi rapide que celui du leader, qu’il ne lâchera pas le morceau et que rien n’est joué. Il tente de pousser Mich’ à la faute technique ou stratégique. Voilà pour la prise de tête. Mais la météo ?


Stratégie et tactique

Comme on est dans la dernière ligne droite, les notions de tactique vont reprendre leur droit et elles vont interférer avec la stratégie. Le problème se pose ainsi : une fois sorti de l’alizé, il faut traverser l’anticyclone d’Atlantique Nord. Voici la situation moyenne au mois de janvier-février.


   
- Si l’on espère des vents de secteur Ouest au Nord des Açores, il faut monter le plus vite possible plein Nord, vers les vents d’Ouest. Une fois servis, à peine le temps de saluer les collègues en pêche sur les bancs de Sole et nous voilà à la maison.
- Si, en revanche, on s’attend à du vent de Nord-Est ou d’Est à la fin du parcours, il faut se placer au large immédiat de la péninsule Ibérique pour gérer au mieux le vent contraire et variable.



Le choix devra se faire dès 15°N, dans l’alizé :

- Si on choisit l’option Ouest, il faut «ouvrir un peu» en abattant de quelques degrés pour gagner le plus rapidement possible vers le Nord. On gagnera vers l’Est plus tard, au voisinage des Açores, lorsque l’on aura atteint le flux d’Ouest.
- Si on privilégie l’option Est, il faut en revanche serrer l’alizé et ne pas faire d’écart vers l’Ouest synonyme de route perdue vers le but.

La solution du problème est loin d’être évidente : on devra s’appuyer sur les prévisions à long terme (une semaine à dix jours), dont on connaît les faiblesses. Toutefois, quelques outils évolués comme les prévisions d’ensemble et l’étude des types de temps peut permettre de résoudre le problème. En partie…

Le jeu stratégique se complique d’un subtil jeu tactique : les poursuivants savent qu’ils grillent ici leurs dernières cartouches. Attaquer dans l’Est pour essayer d’attirer le leader dans des zones sans vent où tout peut arriver ? Oser s’écarter loin dans l’Ouest pour toucher d’éventuels vents portants en premier ?

Garde-toi à droite, garde-toi à gauche. Angoisse de l’avarie si près du but. Il faut tenir jusqu’aux Sables…