Point de mire : 20° S entre 30°W et 40°W, soit 300 à 500 kilomètres au large de la côte brésilienne – trop loin pour entendre la samba. C’est par là qu’on peut tourner le coin de l’anticyclone et s’échapper dans les alizés de Sud-Est.

En attendant, la route est pavée de mauvaises intentions.
A gauche, vers la côte sud-américaine, on fait quasiment route directe, mais calmes et petites dépressions hargneuses s’y succèdent rapidement. Fatiguant et gare à l’erreur.
A droite, vers le milieu de l’Atlantique, les choses commencent plutôt bien : on garde ces «braves vents d’Ouest» un moment. Mais l’anticyclone attend son heure, assis au milieu de l’Atlantique. Ne pas s’y retrouver englué.
En fait, il va falloir tricoter au voisinage de la route directe, en faisant moins d’erreurs que les autres.

Desjoyeaux sort doucement de l’anticyclone – enfin, il essaie. L’autre ne se laisse pas faire : un peu plus loin dans l’Ouest, mais surtout un peu plus Sud, Jourdain tente de ne pas se faire décrocher. Il lui faut aussi compter avec les cétacés. «Save Bilou», les mastodontes ! Soyez sympas, il ne fait que passer et prend bien soin de notre bonne vieille Terre-Mer.


Le 12 vers 00h00 UTC (modèle ECMWF affiché sur Maxsea ®).

Pour le moment, ce qui fascine nos navigateurs, c’est la nurserie à dépressions au Nord du rio de La Plata. Il s’agit d’utiliser au mieux une de ces petites dépressions, signe de vent soutenu… si on a de la chance.
Dimanche 11 à 12h00 UTC, c’est encore une bien petite chose que l’on devine sur les analyses de surface et les champs de vent (entourée en bleu).


https://www.mar.mil.br/dhn/chm/meteo/indexing.htm

La photo sat est plus alarmante :


http://www.sat.dundee.ac.uk/

On se retrouve avec un classique problème de Certificat d’étude : une dépression part d’Amérique du Sud et se dirige vers le Sud-Est à 20 nœuds ; un monocoque de 60 pieds venant du cap Horn se dirige vers Les Sables-d’Olonne à 10-12 kt. A quelle heure et quelle position le navigateur va-t-il prendre le premier ris et mettre son ciré ? On ramasse la copie demain matin.
Bien sûr, comme c’est une histoire de bateau à voiles, la solution est un peu plus compliquée qu’un simple problème de trains. Il faut, au moyen des photos satellitaires, repérer avec précision la naissance de ces petits monstres, et le moment où elles vont être capables de prendre leur élan vers le Sud-Est.
Ensuite, il faut se placer : Mich’ (gris) n’en aurait que des miettes, et de plus dans le nez. Bilou  (rouge) devra jouer fin avec le centre et Armel (bleu) en profiterait pour refaire une partie de son retard.

Pas simple, mais paysage habituel. Il y a trois façons de résoudre les problèmes : la bonne, la mauvaise et celle de la Marine…

Les anticyclones au large de l’Amérique du Sud

Quelques indications sur la météo de l’Atlantique Sud. La transition entre les vents d’Ouest et l’anticyclone de l’Atlantique Sud ne s’effectue pas sans difficulté. On y rencontre deux sortes de systèmes anticycloniques :
- L’anticyclone sub-tropical d’Atlantique Sud, celui que l’on appelle anticyclone de Sainte-Hélène. C’est le patron sur zone. Il envoie de temps en temps une dorsale vers le large de la Patagonie, comme dans les jours précédents (exemple le 9 janvier 2009) :


http://www.hpc.ncep.noaa.gov/international/day1-5.shtml

- Les anticyclones migrateurs qui se forment derrière les fronts froids des dépressions australes. Ce sont des garnements qui se déplacent vers l’Est entre 15 et 20 kt.

Lorsque ces anticyclones migrateurs s’approchent de l’anticyclone de Sainte-Hélène, c’est la guerre des gangs : il se forme une petite dépression hargneuse qui ira vivre sa vie plus tard dans l’Atlantique Sud. Ces dépressions amènent d’abord un régime orageux à la côte, avant de poursuivre leur chemin en mer. Le vent peut y atteindre 40 à 45 kt au voisinage du centre, et les grains orageux sont à surveiller. C’est ce qui va arriver dans les prochains jours.

La route devient alors complexe : échapper aux bulles anticycloniques en déplacement, se positionner correctement par rapport à la dépression en formation et utiliser au mieux son déplacement.