Michel Desjoyeaux a doublé le cap Horn ce matin, profitant au mieux de son approche par l’Ouest. La rotation du vent à l’WNW au voisinage des reliefs chiliens l’a joliment fait atterrir quasiment sur un bord au voisinage de l’île Horn.


http://manati.orbit.nesdis.noaa.gov/quikscat/

Le «cap Dur» marque la fin du Pacifique austral et le retour à la civilisation. Toutefois, l’affaire n’est pas à prendre à la légère. Les dépressions s’engouffrant dans le détroit de Drake entre les Andes et la péninsule Antarctique sont sévères. L’une d’elles, située le long de la péninsule Antarctique, se déplace lentement vers l’Ouest : 30 à 40 kt de vent d’Ouest, mollissant 25 kt après le passage du Horn. Encore un peu de patience…

http://meteoarmada.directemar.cl/prontus_meteo/site/edic/base/port/inicio.html

Rester concentré malgré ce mélange de soulagement et de nostalgie qui marque l’abandon du monde austral si simple, si dur et si dense.

Il va aussi falloir changer de mode de travail : passer d’une mentalité de résistance, adaptée au marathon austral, à une mentalité plus agressive ; imposée par les prises de décisions rapides en Atlantique Sud.

Les «vieux routiers» s’y préparent depuis plusieurs jours, et leurs stratégies vont rapidement être mises à l’épreuve :
- passage dans le détroit de Le Maire ou non, entre l’île des Etats et la Terre de Feu ?
- de quel côté passe-t-on des Malouines ?

Le voisinage de l’île des Etats et le détroit de Lemaire

Le détroit de Le Maire pose, à l’échelle 2 ou 3, les mêmes problèmes que le raz Blanchard en Manche. Les courants de marée sont de l’ordre de 4 kt dans le chenal et peuvent atteindre 6 à 8 kt au voisinage des pointes aussi bien côté île des Etats que côté Terre de Feu. On ne s’y engagera que par bonnes conditions et on l’évitera par vent de NW.

Le courant des Malouines

Le courant des Malouines est la continuation du courant du cap Horn, lui-même partie du grand courant circumpolaire. C’est un courant froid qui se dirige grossièrement vers le Nord. Il se fait sentir jusque 37°S. Il rencontre le courant chaud du Brésil, provenant des zones tropicales au large de l’Uruguay. La zone de transition affiche tout le bestiaire des tourbillons, méandres, front thermiques océaniques…


http://www.mercator-ocean.fr/html/produits/description/welcome_fr.html

Les atlas classiques lui donnent une vitesse de l’ordre de 1 kt, voire 1,5 kt à 2 kt, entre 55°S et 48°S. Les relevés font souvent état d’un courant de l’ordre de 3 kt à l’Est de l’archipel. On trouve aussi des contre-courants sur le banc Burdwood, au Sud des Malouines.

Stratégie à moyen terme

Une fois passé le Horn et l’île des Etats, on peut espérer en avoir fini avec la partie physique du parcours. Les choses n’en sont pas plus claires pour autant.
Le problème se pose ainsi :
- essayer d’utiliser les vents d’Ouest ou de Sud-Ouest le plus longtemps possible au large de l’Argentine.
- utiliser le courant des Malouines, qui peut être fort (2-3 kt)
- ne pas se faire prendre dans la zone de vents variables le long de l’Amérique du Sud, où sévissent anticyclones migrateurs et petites dépressions orageuses.
- gérer le voisinage de notre encombrant camarade l’anticyclone de Sainte-Hélène, qui prend ses aises dans une bonne partie de l’Atlantique Sud.

Desjoyaux et Jourdain devraient conserver un flux d’Ouest à Nord-Ouest modéré jusque 45°S. Ensuite se posera le problème de la zone de transition entre vent d’Ouest et voisinage de l’anticyclone atlantique.

Nous y reviendrons.