Après le petit coup de spleen dû à la proximité relative de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, arrive le vertige devant l’immensité du Pacifique. La navigation «au rétroviseur» continue : c’est de l’Ouest, dans le dos, qu’arrivent les dépressions.

Voici la situation météo le 26 décembre :


http://www.bom.gov.au/cgi-bin/nmoc/latest_D.pl?IDCODE=IDX0032

Au menu des prochains jours : séance de pilotage en terrain difficile. Les leaders sont dans la traîne d’une dépression australe en pleine forme qui se déplace avec eux. Vent fort (40 à 50 kt) accompagné de mer forte à très forte pour les prochains jours.

Voici la prévision d’état de la mer pour le 27 décembre (unités en pieds). La zone rouge balise un noyau de vagues significatives (H 1/3) entre 10 et 12 mètres.


https://www.fnmoc.navy.mil/ww3_cgi/index.html

Je vous refais le coup de la superposition hémisphère Nord/hémisphère Sud.
Sur l’hémisphère Nord, que nous connaissons bien, j’ai superposé, à la même échelle, le Pacifique austral. L’hémisphère Sud est représenté «tête en bas» et positionné de façon à pouvoir comparer les latitudes.
Voici le résultat :

On y voit que :
- les portes de glace sont à la latitude de la Manche.
- le cap Horn est à la latitude du Danemark.
- la traversée du Pacifique est équivalente à une traversée du continent Nord-Américain, suivie d’une traversée de l’Atlantique, puis une remontée de la Manche pour faire bonne mesure.
Ces 4 900 milles devraient prendre un peu moins de deux semaines, ce qui donne une idée des moyennes prévues.


Changement de date

Quelques précisions sur cette mystérieuse ligne de changement de date. Un voyageur naviguant vers l’Est redouble la date en passant le méridien 180°, c’est-à-dire qu’il ne change pas de date à minuit comme il devrait le faire.
Ceci est vrai pour un voyageur ayant pour référence horaire l’heure locale, ce qui veut dire quelque chose comme «prendre pour midi l’instant du passage du soleil au méridien local».

Illustration du phénomène.
Imaginons un voyageur ultra-rapide naviguant vers l’Est à 60 000 km/h. Partant de 12 heures à Greenwich, il effectuera un tour de la terre en moins d’une heure et se retrouvera à son point de départ vers 12 heures 50… le même jour.


http://www.linternaute.com/voyager/pratique/carte-fuseau-horaire/carte-fuseaux-horaires-large.shtml

Partant à midi de Greenwich, il traverse rapidement l’Asie, se retrouve à la longitude de Pékin vers 20 heures, heure locale, alors que la nuit vient de tomber. A Greenwich, il n’est toujours que quelques minutes après midi.

Le voilà maintenant à la longitude de Sydney en pleine nuit vers 22 heures (heure locale), puis à celle d’Auckland vers 23 heures. Il continue vers l’Est, 23h30 locales, 23h50 locales(alo rs qu’il est quelques dizaines de minutes supplémentaires après-midi Greenwich), puis 1 heure du matin. Et quel jour ? Le même, bien sûr, ce qui veut dire qu’il n’a pas changé de date à minuit comme il aurait dû le faire. Il a «redoublé la date» qu’il avait avant le passage de la ligne.

S’il continue son voyage vers l’Est, il verra le jour se lever à l’approche de la côte Sud-américaine, puis sera à la longitude du cap Horn vers 9 heures du matin (heure locale). Il atteindra la longitude de Greenwich à midi et une cinquantaine de minutes, le même jour.

Donc, notre voyageur a redoublé la date au passage de la ligne de changement de date, s’il est calé sur l’heure locale. Il n’a pas changé de jour en passant de 23 heures à 1 heure du matin comme il l’aurait fait à terre, au repos.

Notez que si ce voyageur, durant son voyage, conserve l’heure de Greenwich, il ne change rien et compte dates et jours comme d’habitude.

Pour le dire autrement :
Si l’on est calé sur l’heure locale, lorsque l’on voyage vers l’Est dans le sens de rotation de la terre, au passage de la ligne de changement de date, on ajoute artificiellement une journée (en passant de 23 heures à 1 heure), qu’il faut supprimer en ne changeant pas de date à minuit.

Si l’on est calé sur l’heure locale, lorsque l’on voyage vers l’Ouest à l’inverse du sens de rotation de la terre, au passage de la ligne de changement de date, on retranche artificiellement une journée (en passant de 1 heure à 23 heures), qu’il faut ajouter à minuit pour remettre les choses dans l’ordre.

Cet effet étonnant a été repéré pour la première fois par l’expédition de Magellan.
Après la disparition du «capitaine général», une partie des survivants rentre vers l’Espagne depuis les Moluques. Ce qui reste de l’équipage, à court de vivres, sous le commandement de Del Cano, tente un arrêt discret aux îles du Cap Vert malgré la menace portugaise.

Les matelots descendus à terre persuadés d’être un mercredi, sont surpris de constater qu’il est jeudi à Santiago. Après vérification par l’écrivain du bord, Antonio Pigafetta, et par le pilote du navire, tout le monde doit se rendre à l’évidence : en allant toujours vers l’Ouest, on produit un décalage d’une journée.

Ce mystère, qui aurait pu laisser croire à une fraude, accréditait en fait l’exploit de Magellan. Un fraudeur, devant le décalage de date, aurait certainement «rectifié» l’erreur. La première explication cohérente fut donnée par Pierre Martyr. Elle troubla fort le monde savant de l’époque.

Quelques siècles plus tard, un écrivain français inspiré recycla l’épisode avec talent : «Le tour du Monde en 80 jours» de Jules Verne a popularisé ce curieux phénomène…