L’accident de Yann Eliès a jeté un froid sur la course. Il fait partie de ce que les coureurs appellent les mauvais moments. Ne parlons pas des mauvais moments, ceux où l’on se demande ce que l’on fait là, mais que l’on oubliera bien vite, une fois l’épreuve passée. Beaucoup d’entre nous seraient éleveurs de moutons dans les coins les plus éloignés de toute mer habitée si nous avions honoré les serments faits en secret lors d’un quart de nuit glacé, au près par mauvais temps.

Les vrais mauvais moments sont ceux liés à la trahison, la trahison que l’on ressent lorsque la mer et le bateau nous jouent un de ces tours «que l’on n’a pas mérité», et lorsque les hommes deviennent les pièces d’une partie stupide. Maintenant que Yann et entre de bonnes mains, on retiendra son courage ainsi que la solidarité active et intelligente de Marc Guillemot.

Et la course ? Ah oui, la course…

Pour le moment, c’est une régate en solitaire normale, c’est-à-dire «une course avec un homme seul sur un bateau et à la fin, c’est Michel Desjoyeaux qui gagne». Ne pas s’emballer trop vite quand même.

Devant, on parle du clan des six. En fait, quatre plus deux. Et même, depuis vendredi 19, deux plus deux plus deux. Desjoyeaux et Jourdain se sont échappés à la faveur d’un petit desserrement de gradient à l’avant du front froid. La chance sourit aux audacieux.


Le jeudi 18, à 20h35 UTC (http://manati.orbit.nesdis.noaa.gov/quikscat/)

Dimanche soir, entre Tasmanie et Nouvelle-Zélande, les quatre leaders attaquent au Sud. Le Cléac’h’ et Riou naviguent 4° plus Nord et 500 milles derrière. Ils ne se racontent plus la même histoire météo. Prudence par rapport aux glaces dérivantes ? Placement à long terme ? En fait, la situation météo des prochains jours n’est pas simple.

Le 22 décembre, les premiers essaient de s’échapper sous la dorsale de l’anticyclone voisin de la Nouvelle-Zélande, alors que Le Cléac’h et Riou se positionnent en vue de la dépression venant de l‘Australie. C’est coûteux, mais ils n’ont pas le choix…


(http://manati.orbit.nesdis.noaa.gov/quikscat/)

 Le 23 décembre, voici la prévision :


(http://wwww.metvuw.com/forecast/)

Mich’ espère que l’anticyclone aura le bon goût de dégager pour lui laisser passer la porte Nouvelle-Zélande sans encombre. Josse se dit qu’il doit y avoir moyen de se refaire un peu. Le Cléac’h et Riou surfent devant la dépression creuse qui vient d’Australie.

Mais tous ont déjà un œil sur la série de petites dépressions tropicales situées au Nord de la Nouvelle-Zélande, qui tentent de s’infiltrer vers le Sud-Est. Passeront ? Passeront pas ? Si elles passent, voilà le cadeau de Noël au voisinage de la porte Nouvelle-Zélande (trait noir).


( http://wwww.metvuw.com/forecast/ )

Il y en a qui vont prétendre qu’ils l’ont déjà eu, ce cadeau-là, et qu’ils veulent bien en changer…

Glaces : un vrai danger

La porte de Nouvelle-Zélande a été déplacée vers le Nord à la suite d’observations de glaces dérivantes sur la trajectoire prévue des bateaux.

Les glaces dérivantes de l’océan Austral proviennent principalement de la mer de Ross et de la mer de Weddell. Les icebergs géants dégagent vers le Nord, puis sont repris par le courant circumpolaire qui les trimballe vers l’Est.

Dans l’océan Pacifique, entre 120°W et 180°W, on peut faire des mauvaises rencontres. Depuis dix ans, il semble que la mer de Ross devienne prolifique en icebergs géants qui se fragmentent, puis donnent des champs de glace importants s’aventurant aussi Nord que 52 S° entre 125 W et 140 W.

On surveillera :

- le courant austral qui montre une branche portant Nord au large de la mer de Ross, dans laquelle les icebergs sont advectés vers le Nord.


(http://bulletin.mercator-ocean.fr/)

- La température de l’eau. Cet indice n’est pas très fiable : on a vu des icebergs dans des zones à température de l’ordre de 6-8°C.


(http://bulletin.mercator-ocean.fr/)

A bord, le repérage des glaces en mer est difficile, même au radar.

Les indices indirects de présence de glaces seraient :
- température de l’eau devenant plus froide que la normale. Une température inférieure à 2°C indique une zone à risque.
- rafales d’air froid sans raison météo particulières.
- changement soudain dans la physionomie de la houle ou du clapot.

Les plus gros icebergs sont visibles au radar. L’iceberg ci-dessus donne ceci sur l’écran :

Bien évidemment, on voit en premier lieu les parties les plus réfléchissantes de l’iceberg et la forme vue au radar peut être très différente de la réalité. En particulier, les parties basses peuvent ne pas apparaître sur l’écran. Il faut donc prendre du gras.

Certains concurrents sont équipés de caméras thermiques supposées les aider à localiser les glaces éventuelles.

Les «growlers »(ou «bourguignons» en français) sont des résidus ou des fragmentations de plus gros icebergs. Ils se déplacent principalement avec le courant et se situent en aval de l’iceberg principal. Ils sont peu visibles : au premier plan de la photo ci-dessous, une déferlante, au second plan un growler…

On préfère passer au vent des icebergs de façon à éviter la traîne de growlers qui peut s’étendre à 2-3 milles sous le vent d’un gros iceberg.

Dans l’océan Austral, il n’existe pas d’organisme comparable à la patrouille des glaces qui quadrillent les abords des routes commerciales dans l’Atlantique Nord (http://www.uscg.mil/lantarea/iip/). Les seules données disponibles proviennent de satellites radars à synthèse d’ouverture (SAR), tels que RadarSat (http://www.asc-csa.gc.ca/fra/satellites/radarsat1/default.asp) ou Envisat (http://envisat.esa.int/).

Les organisateurs du Vendée sont alimentés en observations provenant des satellites par le CLS.