Mardi 16 décembre, 9 heures du matin (08h00 UTC), le «Gwenn ha du» est amené à mi-drisse au Centre d’entraînement de Port-La Forêt. Les responsables font déjà leurs valises en vue d’une probable mutation sur une rivière de l’Est de la France. Dans certaine masure charentaise, on envisage la revente de l’informatique et le retour sur un rôle de pêche.

Mike Golding, un Anglais, mène – et de belle manière – le Vendée Globe… La chasse s’organise déjà derrière.

Quelques heures plus tard, Mike voit l’impensable se produire : démâtage imparable. La vidéo postée sur le site du Vendée – et celui de Voiles & Voiliers – le montre commentant l’état des lieux : impressionnant de retenue et de courage.

Le spectacle continue : la tête de la flotte est située au Sud de l’Australie, dans cet entre-deux entre océans Indien et Pacifique, 2200 milles avant d’attaquer le Pacifique.
La situation n’est pas engageante pour les 48 heures à venir et il est probable qu’un pacte tacite de non-agression va se mettre en place dans les prochains jours. Une bonne nouvelle quand même : Samantha Davies à bord de Roxy (l’ancien PRB) intègre la bande des dix, ce qui n’est pas une mince performance.

Les concurrents, toujours l’œil fixé dans le rétroviseur, doivent maintenant se méfier dans le Nord : de là-haut déboulent dépressions hargneuses formées au voisinage des déserts australiens, anticyclone facétieux, cyclones tropicaux se recyclant dans le flux d’Ouest et autres petits monstres. Pour le moment, ce sont les dépressions de l’océan Austral qui mènent la ronde.


http://www.bom.gov.au/cgi-bin/nmoc/latest.pl?IDCODE=IDX0033

Une particularité de la zone Australie/Nouvelle-Zélande est la présence d’anticyclones migrateurs au Sud du continent : coincés entre les séries de fronts froids, ils se déplacent comme eux à 25-30 kt. On descend au Sud pour rester dans le flux d’Ouest, mais pas trop pour ne pas se faire massacrer au voisinage des dépressions. Ajoutez-y que, dans ces zones, les modèles de prévision font leurs moins bons scores et vous comprendrez que la sortie de l’océan Indien ne marque pas le début des vacances.


http://www.bom.gov.au/products/IDG00074.shtml

Dans les jours prochains, on verra les dépressions australes interférer avec le continent australien, côté Ouest et Est comme le montrent les cartes précédentes : les fronts froids y déclenchent des dépressions secondaires peu agréables.

Météo de la zone Australie

L’hémisphère Sud se caractérise par une zone tempérée étroite : le climat méditerranéen de Sydney fait place, 500 milles plus au Sud, en Tasmanie, à un climat comparable à celui de l’Ecosse.
La situation météorologique standard se présente ainsi :

Tout ce système est dynamique : les cellules anticycloniques au Sud de 35°S-37°S se déplacent vers l’Est à une vitesse d’environ 25 à 30 kt, et sont suivies de fronts froids liés aux dépressions australes. On parle «d’anticyclones migrateurs». Un cycle complet, anticyclone-front froid dure de 4 à 6 jours.

Les fronts froids de l’océan Austral interfèrent avec le thalweg thermique permanent situé sur la cote Ouest Australienne ou avec la dépression thermique située sur l’Australie. Plusieurs cas de figure sont possibles :

• Cas 1 : le thalweg lié au front froid fusionne avec le thalweg thermique de l’Ouest australien.
Une zone sans vent, allongée en longitude, se forme à la jonction des deux thalwegs. Il ne reste du vent qu’au voisinage de la dépression australe qu’il ne faudra pas quitter de peur de se retrouver sans vent pour un long moment.

• Cas 2 : le thalweg lié au front froid déclenche une dépression sur le SW de l’Australie.

Stratégie : ne rien casser dans le vent d’Est…

• Cas 3 : la rencontre éventuelle entre front froid de l’océan Austral et désert australien surchauffé peut être brutale : les creusements dépressionnaires rapides de la mer de Tasmanie ont mis à mal plus d’une flotte participant à Sydney-Hobart. Joli n’est-ce-pas ?

Vous trouverez de bonnes informations météo sur le site du Service météorologique australien : http://www.bom.gov.au/
Pas de petits soleils ni de bannières publicitaires, mais beaucoup de données pertinentes, et en accès libre…