Le «tunnel» de l’océan Indien n’a pas volé son nom : le couloir de vents d’Ouest est bien installé au Nord des vieilles dépressions circulant vers 60°S.
(http://www.weathersa.co.za/Imagery/SeaLevelMap.jsp)

La couverture nuageuse va devenir dense, accompagnée de précipitations. Vent de NW 30-40 kts. Au moins, il ne fera pas trop froid ; par contre, la visibilité sera faible. Le bonheur.


(http://www.sat.dundee.ac.uk/)

Dans le groupe de tête, les gros bras continuent leur travail de démolition : la flotte s’effiloche doucement et l’on tente de garder le contact : le groupe des 10 s’étale maintenant sur plus de 200 milles.

Les prochains jours vont faire place au pilotage : vent de NW fort amené par une dépression australe bien creuse, suivi d’un autre tour de manège à l’approche de la porte Ouest Australie. La stratégie sera simple, mais l’équilibre entre performance, fatigue du bonhomme et du matériel sera difficile à trouver. On connaît les spécialistes de ces numéros de funambule…

La tête à l’envers

Je ne sais pas où vous en êtes, mais il faut avouer que l’on est un peu perdu à naviguer la tête en bas : le vent tourne dans «l’autre sens», il paraît que c’est l’été austral alors qu’il neige, les distances sont difficiles à évaluer et même la position des îles, bateaux et autres portes est source de confusions. Procédons par ordre.

La saison

En ce moment, là-bas en bas, c’est la fin du printemps et le début de l’été pour nos navigateurs. La comparaison est facile avec l’hémisphère Nord : il suffit de décaler de six mois. La faute en est à la terre qui décrit le plan de son orbite, tête baissée, au lieu de se tenir bien droite (les références sont celles de l’hémisphère Sud).

Le sens de rotation du vent autour des centres d’action

La règle de Buys-Ballot donne le sens de rotation du vent autour des centres d’action qui est différent selon l’hémisphère où l’on se trouve.

Hémisphère Nord

Hémisphère Sud

En voici une illustration sur cette photo fournie par la NOAA :

Les positions

Comme j’avais du temps, j’ai un peu bricolé la terre. Sur l’Atlantique Nord que nous connaissons bien, j’ai superposé, à la même échelle, la partie de l’hémisphère Sud où se trouve la flotte. L’hémisphère Sud est représenté «tête en bas» et positionné de façon à pouvoir comparer les latitudes. Voici le résultat :

On y voit que :
- les Kerguelen sont à la latitude de la Bretagne ;
- la porte «Ouest Australie» est à la latitude du cap Finisterre ;
- la distance entre la tête de la flotte et la porte Ouest Australie correspond en gros à une traversée de l’Atlantique.

Le temps qu’il fait

On pourrait penser que le climat des Kerguelen et autres îles avoisinantes est similaire à celui de la Bretagne située à la même latitude, c’est-à-dire en ce moment, un temps d’été. Fort heureusement, les étés les plus pourris en Bretagne n’ont rien à voir avec ceux des Kerguelen.

L’anneau océanique de l’hémisphère Sud subit, à latitude égale, un climat beaucoup plus froid et venté que les zones correspondantes de l’hémisphère Nord (http://www.ecmwf.int/).

Les raisons de ces différences sont à chercher, entre autres, dans l’absence de masses continentales susceptibles de se réchauffer en été, et dans la proximité du continent antarctique et de sa réserve de glace. On a laissé la porte du frigo grande ouverte, ce qui a de profondes conséquences climatologiques et océanographiques (masses d’eau, courants).

Quoi qu’il en soit, le temps sur zone, là-bas vers les Kerguelen, ressemble à l’Atlantique Nord en début de printemps : frais et agité, auquel on ajoutera la mer brutale de l’océan Indien Austral.

Les distances

Les distances sont grandes dans l’océan Austral et la terre est ronde… La tentation est grande de couper le fromage vers le Sud, à condition de rester du bon côté des dépressions et de ne pas aller jouer avec les glaces dérivantes. A la latitude de 45°S, 10 degrés de longitude correspondent à 424 milles. Ils ne coûtent que 384 milles à 50°S, soit 10 % de moins. Pas négligeable…