Bilan de la traversée du pot au noir

Le pot au noir n’a pas été trop agressif : les meneurs n’ont sérieusement ralenti que pendant quelques heures et le groupe de poursuivants (Roxy, Temenos, Pindar) est passé comme une fleur.
Voici le pot au noir vu en infrarouge le 19 novembre, au passage des leaders : les nuages à forte extension verticale, donc au sommet froid, y sont clairement visibles.

Le même le 21 novembre, au passage du groupe de chasse : pot au noir peu actif.

Les placements Est-Ouest ont eu de l’influence : Jourdain et Golding, les plus à à l’Ouest de la flotte, ont vu leur retard sur les leaders réduits de moitié.
 
                                   Longitude            19/11                 22/11
                                   passage              03h00               05h00

Peyron                        26°30 W                 -                        -
Dick                            27°11 W              47 milles           36 milles
Jourdain                    28°18 W            164 milles          77,5 milles

L’alizé d’Atlantique Sud et l’anticyclone de Sainte-Hélène

Au Sud du pot au noir règne l’alizé d’Atlantique Sud, qui sonne un peu comme vacances bien méritées après l’effort. Il s’annonce par l’apparition de la houle de SE, prémisse d’une navigation gentiment ennuyeuse : petit-largue dans du vent de SE 15-20 kts, agrémenté de quelques grains avec mer formée 2 à 3 mètres. Navigation de sanglier où les bateaux les plus puissants espèrent briller : Pindar, mené par Brian Thompson et qui a récupéré de ses ennuis de voilure, devrait montrer s’il est vraiment l’épouvantail redouté par les coureurs français.
L’alizé de Sud-Est s’infléchit vers l’Est au fur et à mesure de la descente vers le Sud, en forcissant, et l’on fait souvent de belles moyennes dans des conditions agréables au large du Brésil. Au Sud des alizés se tient l’anticyclone de Sainte-Hélène, qui sonne plutôt comme ennui maximum – et on reste poli…

Sur les photos satellitaires, l’alizé est ponctué de nuages actiniformes (en forme d’étoile) caractéristiques. Voilà l’aspect du chantier avant démolition :

Une photo sat’ du 23 novembre à 12h00 UTC (http://www.sat.dundee.ac.uk/ on ne s’en lasse pas).
Vous y repérez :
- La zone d’alizé.
- La zone agitée des quarantièmes et des dépressions australes.
- Une bande nuageuse orientée NW- SE que l’on trouve très souvent dans la région. On l’appelle le «front froid semi-permanent d’Atlantique Sud».
- Le système de l’anticyclone de Sainte-Hélène, souvent complexe. L’anticyclone est constitué d’une cellule principale qui interfère avec diverses cellules secondaires.

 
La carte d’analyse de l’armée brésilienne :
(https://www.mar.mil.br/dhn/chm/meteo/indexing.htm )

Et un champ de vent ECMWF affiché sur Maxsea :

Sainte-Hélène et stratégie

Un tour du monde peut se perdre ici : une option douteuse ou un manque de chance peuvent faire perdre deux jours en quelques heures. L’anticyclone de Sainte-Hélène est l’équivalent, dans l’Atlantique Sud, de l’anticyclone des Açores. Il fait partie de la grande famille des anticyclones subtropicaux. Le problème est le suivant : comment ne pas se faire prendre dans ses calmes en évitant de faire le grand tour, très long, par la côte brésilienne ?
Le problème est compliqué par le fait que la prévision fiable à 6 jours ne couvre pas toute la traversée de l’Atlantique Sud, qui dure une dizaine de jours.
L’arsenal complet des cartes météo, fichiers Grib et photos satellitaires ne sera pas de trop pour se sortir du traquenard. On a en gros trois scénarios possibles :

Scénario 1 : l’anticyclone est têtu et barre la route. Pas le choix, il va falloir traverser la zone sans vent, route plein Sud, pour atteindre la voie expresse des dépressions australes.

Scénario 2 : l’anticyclone est coupé en deux cellules et une dépression se forme au large de l’Amérique du Sud à la limite entre les deux HP. Après une journée ou deux de sur-place et de creusement, la dépression se déplace vers le SE. Bingo : on saute dans le train de la dépression et on fait route le plus longtemps possible en sa brutale compagnie.

Scénario 3 : l’anticyclone s’étale honteusement dans l’Atlantique Sud, mais il est localement affaibli par un front froid lié à une dépression australe. Il ne reste plus qu’à se faufiler dans la faille ainsi créée pour tenter de gagner vers le Sud sans se faire prendre dans les calmes. L’affaire demande du doigté. Si ça marche, on colle trois jours aux poursuivants. Si ça échoue, il va falloir pagayer.

Et, bien évidemment, tout cela varie de jour en jour : ce qui est vrai pour un groupe de coureurs ne l’est pas pour un autre. Donc, je serais vous, je laisserais tomber la télévision (c’est toujours une bonne idée, de toute façon) et je regarderais de près ce qui se passe en Atlantique Sud dans les prochains jours : ça va distribuer…