Le Pot au noir, on n’y échappe pas

Le pot au noir des marins, appelé Zone InterTropicale de Convergence (ZITC) par les météorologues, ou FIT (Front InterTropical) par les aviateurs, marque la convergence entre les alizés de l’hémisphère Nord et ceux de l’hémisphère Sud, tout autour du globe.
Sur les zones océaniques, il suit le rythme des saisons, avec deux mois de retard : de sa position la plus Nord en août (vers 15-20° N en Atlantique), il dérive vers sa position la plus Sud en février (vers 001° S en Atlantique Nord). En novembre, le pot au noir est situé vers 007-008° N sur l’Atlantique.

(http://www.nrlmry.navy.mil/sat-bin/global.cgi )

Anticiper l’imprévisible.

Le pot au noir se caractérise par :
- de puissants nuages à forte extension verticale donnant de fortes précipitations ;
- des vents variables suivi de zones de calmes épuisants ;
- un minimum de pression (1011 hPa) très étendu en latitude, ce qui ne permet pas d’utiliser cette information pour positionner le passage.
Dans la traversée de ce passage, le vent sera variable en force et direction, entre 0 et 40 kts et du Nord au Sud en passant par l’Est et l’Ouest. Les modèles météo ne peuvent guère faire mieux que de prévoir la position de la zone pénible, mais sont inappropriés pour en prévoir les détails. Bien évidemment, tout cela se modifie de jour en jour, voire d’heure en heure…
On peut dire que prévoir les détails du vent et des nuages dans le pot au noir, c’est comme essayer de prévoir où vont se former les bulles dans une casserole d’eau bouillante. Le pot au noir peut se schématiser ainsi :

Il est large côté africain (le triangle africain sans vent). La zone la plus étroite se situe souvent à cette saison entre 25° W et 30° W. C’est le diabolo. Le même en couleur :

A l’Est, un peu mais pas trop, et un peu Ouest quand même…

Stratégiquement, c’est un casse-tête : on cherche à se positionner dans le diabolo, là où le pot au noir est le moins large. Mais en rester là serait trop simple :
- sachant que l’on attend du vent de SE à la sortie du pot au noir, on cherchera à se positionner dans l’Est du diabolo pour naviguer plus abattu, donc plus rapide à la sortie du pot au noir.
- on est alors proche du triangle africain sans vent, et on peut y rester engluer un bon moment.
- dans l’Ouest de la zone de passage, le passage sera plus facile, mais on risque de naviguer à une allure bien serrée dans l’alizé d’Atlantique Sud.
C’est le genre de zones où il est déraisonnable d’espérer faire des gains : un bon statu quo dans le classement est déjà un résultat flatteur.

La répartition des routes le 19 novembre, juste avant le ralentissement de la flotte, illustre les choix stratégiques :

Peyron tente de «couper le fromage» vers 26°30 W, tablant sur un triangle africain situé dans une position plutôt Est. Armel Le Cléac’h (45 milles derrière) prend un peu de marge vers 27° W et «Bilou» Jourdain (137 milles de retard) tente une option plus Ouest vers 28°30 W, pariant sur du vent plus stable. Notez la route de Jean Le Cam, obligé de se recentrer au prix de nombreux empannages. Son avarie de pilote n’arrangera pas les choses.
Vers 15h00, le 19 novembre, situation figée : vitesses 2-3 kts.
Les 20 et 21 novembre, le pot au noir n’est pas trop agressif, les vitesses restent de l’ordre de 5-8 kts pour les premiers.

Le 21 novembre, c’est «Bilou» qui fait la bonne affaire, son retard sur Peyron diminuant de moitié (67 milles). Il reste à voir ce que cela donnera après le pot au noir, dans l’alizé d’Atlantique Sud, lorsque les coureurs navigueront au largue serré.

Demain, nous jouerons au navigateur. Nous essaierons de faire les bons choix afin de nous positionner au mieux…