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23. Le monde est petit !

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L’exploit de Michel Desjoyeaux nous a rapetissé d’un coup le monde à la voile : 84 jours 3 heures pour faire le tour en solo, en monocoque. Si on y retranche les quarante heures dues au faux départ et les quelque 1 700 milles de route supplémentaire dues à la remontée en latitude des portes de glaces, on n’est pas loin des 80 jours en solitaire, en monocoque autour du monde. Il n’y a pas si longtemps, on n’osait pas en rêver en multicoque et en équipage !

Pour les concurrents encore en course, la situation n’est pas enthousiasmante : la dépression qui traîne au large du Portugal génère un flux de NNW qui ne fait pas les affaires de Bilou sur son dériveur pas lesté (à tel point que celui-ci vient juste d’annoncer son abandon. Et m…).


http://www2.wetter3.de/fax.html

Et la suite n’est pas folichonne : voici la situation prévue jeudi.


http://www2.wetter3.de/fax.html

Armel s’achemine doucement vers la place de «dauphin», mais ce ne sera pas dans la facilité : vent fort de secteur NW, mer très forte et température hivernale. Du vent de travers par mer forte et temps froid : probablement l’allure la plus pénible sur ces engins de torture…

Plus loin, Samantha Davies aimerait bien se débarrasser de Marc Guillemot, qui remonte l’alizé à grande vitesse. Elle a donc choisi une route plus directe, mais aussi plus lente. Résultat des courses vers le 5 : c’est la position de l’anticyclone des Açores qui jugera l’affaire.

Sam s’est aussi probablement fixée un autre challenge plus privé : arriver en tête des concurrents britanniques…


http://www.vendeeglobe.org/fr/

La photo, la photo !

Suite à la chronique du 1er décembre 2008, voici le résultat du concours «cékisurlafoto»…

Cette image a été prise peu avant le départ du Tour de l’Europe 1985 : des régates acharnées faisant escale dans des endroits merveilleux où Gérard Petipas réussissait à convaincre l’Europe entière que notre bande de traîne-pontons méritait un accueil de personnalités de haut rang.

Rangée supérieure de gauche à droite :
Philippe Jeantot (le skipper), François Girod (Le Toubib), Roland Jourdain (déjà Bilou), Vianney Ancelin (futur Outils Océans), Jean-Yves Bernot (à cette époque La Science).

Rangée inférieure de gauche à droite :
Mich’ Desjoyeaux (encore surnommé P’tit Desj’ à cette époque), Alain Collet (La Grande). La tignasse qui se cache : Fred Leclerc (dit Fredo).

Photographe : Laurence Cornu.

A l’étape de Lorient, nous avions embarqué en renfort un grand gaillard, au crâne déjà dégarni, surnommé Zorro : Denis Horeau, maintenant directeur du Vendée Globe.

On vous le dit, le monde est petit.

PS : Si on l’a gagné ce Tour de l’Europe ? Je veux… avec un équipage pareil !

22. L’heure des contes

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On ne va pas se raconter d’histoires : les conditions météo semblent claires jusqu’à l’arrivée, à défaut d’être faciles. Foncia est maintenant dans le flux d’Ouest qui nous tanne depuis plusieurs jours. C’est du grand chic-saison d’hiver : ça se porte court pour ce qui est de la voilure, et plutôt engoncé au niveau du ciré.


http://weather.noaa.gov/fax/marsh.shtml

SW 30 kt aujourd’hui amené par L1 puis, demain, passage de front froid qui, comme toujours, demande de l’attention : rafales, grains et bascule rapide à l’WNW permettant de faire route vers la maison dans une traîne active.

Enfin presque jusqu’à la maison…
La dépression L1, trop pressée, ira se faire voir chez les Ecossais, on aura alors droit à la dorsale accompagnée de son beau temps temporaire suivie d’un dernier tour de manège à l’approche de L2.
Situation prévue par le service météorologique allemand, samedi 31 janvier : http://www2.wetter3.de/fax.html


Et dimanche pour finir ?

On change de cavalière : vent d’Est vers l’arrivée. La dépression L2 fait route vers le Portugal, où elle va rester quelques jours (situation rêvée pour aller aux Antilles, ne manquez pas le train les convoyeurs…). Un peu de près pour finir : franchement fallait pas, c’est trop gentil…


   
Situation prévue par le service météorologique allemand, dimanche 1er février : http://www2.wetter3.de/fax.html

Bilou va s’extraire graduellement de l’anticyclone au voisinage des Açores (voir la carte du 28 janvier) avant d’entrer dans le domaine de L2 avec deux jours d’écart : vent fort de secteur Ouest vers les Açores, puis il faudra composer avec le vent de NE  vers l’arrivée.

Voilà pour la stratégie générale.
Elle est simple et ce n’est pas là que ça se passe. C’est dans les têtes.

Michel Desjoyeaux se rassure par les chiffres : son avance sur Jourdain correspond à environ 50 % du trajet restant à parcourir. «Un rapide calcul montre que» même en y allant gentiment, ça devrait le faire. Sauf… Sauf si avaries, conteneurs en embuscade entre deux eaux, voiles qui se déchirent… La petite musique douloureuse du doute qui taraude. Et les souvenirs, les bons, ceux qui aident : souvenirs d’arrivées victorieuses, de la préparation méticuleuse, des vérifications récentes sans alarmes.

Il y a les autres souvenirs, ceux qu’on n’attendait plus : les régates perdues d’un rien, d’une bastaque qui se lâche, d’une dérive qui fout le camp.

Et puis, les bons souvenirs, encore qui reviennent : l’arrivée ici aux Sables en vainqueur, il y a huit ans… Comment gère-t-on ça à bord, alors qu’à terre nous sommes déjà en transe pour une arrivée prévue le 1er février ? Mich’, calmement, s’en tient à sa stratégie et son sens marin : aller vite juste ce qu’il faut pour contenir la meute en préservant le matériel dans le temps tout juste maniable. Ce Vendée, superbe de stratégies subtiles, se termine en course de pilotage.

Profitez bien de ces dernières nuits en mer, les gars. Bientôt, l’emblondie d’un phare vous dira la terre. Trop tard. Il faudra y aller…

21. Noms d’oiseaux

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Foncia va bientôt sortir de la zone d’alizés et attaquer l’anticyclone Atlantique qui a pris ses quartiers d’hiver au Sud des Açores. Il faut dire qu’il est bousculé par un flux d’Ouest puissant dont nous avons eu un exemple ce week-end.
Voici la situation météo du dimanche 25 janvier (https://www.fnmoc.navy.mil/public/ ) :

En altitude, vers 10 000 mètres, le jet stream s’énerve : 100 à 150 kt de vent d’Ouest permettent toutes les audaces aux divers tourbillons dont certains s’amplifieront jusqu’à la taille de dépressions brutales.

Au niveau de la mer, dans les vagues, voilà le résultat (échelle à droite en pieds).

Michel Desjoyeaux fait route plein Nord, vers le Groenland, comme s’il ne savait pas où se trouvent Les Sables. On connaît la musique : il va chercher le flux d’Ouest au plus court. Après une douzaine d’heures de vent plutôt faible, ce sera, pour Foncia, le dernier rush vers la maison dans un régime dépressionnaire soutenu : les quarantièmes rugissants, ceux de l’hémisphère Nord cette fois. Voici la prévision pour le mercredi 28 janvier, au niveau des Açores :

http://weather.noaa.gov/fax/marsh.shtml

Veolia tient le coup à 500 milles du leader. Pour Bilou, il s’agira certainement de préserver cet écart et le résultat dans des conditions qui s’annoncent difficiles au Nord de l’anticyclone.

Brit’Air est encore dans l’alizé et Armel doit commencer à jouer de la calculette. Il court en temps compensé contre Marc Guillemot pour la troisième place.

Rappel des compensations accordées suite aux arrêts pour porter assistance :
Safran : 82 heures.
Roxy : 32 heures.
Brit’Air : 11heures.

C’est tout, pour Armel ? Eh oui, c’est tout. Pas cher payés, les efforts pour aider Jean Le Cam, et les explications alambiquées du jury ne sont guère convaincantes. Résultat, Brit’Air doit arriver trois jours avant Safran pour conserver sa place.

Roxy et Safran s’offrent un savant pas de deux le long de la côte brésilienne : à suivre…

Des noms…

Vincent Riou s’était fait un surnom dans le précédent Vendée : «Vincent le Terrible» qui lui va comme un gant, en course, et ne dit rien de sa gentillesse et de sa modestie.

Mike Golding
navigue avec talent depuis assez longtemps pour que le petit monde de la voile ait francisé son nom en «Michel Doré». C’est une marque d’affection envers les navigateurs étrangers venant se frotter au gratin du solitaire breton. Il y a des précédents : Mike Birch était connu vers La Trinité comme «Michel Bouleau». Ellen MacArthur n’a pas pu échapper à la «Reine Arthur». Samantha Davies n’a pas besoin de surnom, son prénom en tient lieu : «Sam» suffit (désolé…).

Jean le Cam, lui, a atteint, avec la gloire due à ses nombreux exploits, un sommet de la révérence maritime : il est traduit en breton. «Le roi Jean», comme on l’appelle à Paris, est connu dès le pays Glazik comme «Yann Ar Cam». On en rêve tous.

«Bilou» est plus connu que Roland Jourdain : dans son enfance un voisin venant du Nord de la France l’a surnommé «Biloun», puis «Bilou», bien avant le succès de «Bienvenue chez les Ch’tis».

Armel Le Cléac’h a été un temps surnommé «le Chacal» par quelques concurrents jaloux : il s’agissait de rappeler son aptitude à soutenir le train en régate puis à finir par une attaque rapide et définitive. On ne l’utilise plus guère. Armel est maintenant dans la cour des grands ; un peu de respect alors.

Michel Desjoyeaux, dernier de la fratrie, fut surnommé il y a longtemps, «Petit Desj» et même «Breakfast» ; ça n’a pas duré. «Le Professeur» a été inventé par les journalistes à leur usage propre. Aucun de nous ne l’utilise. Cela étant, il est vrai que la démonstration est magistrale. Pour nous, c’est simplement «Mich» et on a tout dit.

Les cinq premiers concurrents sont tous issus du centre d’entraînement de Port-La Forêt. Dans des temps anciens, à l’époque où les skippers étaient des grands gueulards dépositaires de l’antique sagesse de la voile, l’un d’entre eux, et des plus fameux, avaient surnommé l’endroit «La Vallée des Fous». Des équipiers plus en prise avec les réalités du monde de la voile et «les mains dans la colle» parlaient de «Sikaflex Valley».

Tout cela n’explique pas une telle concentration de talents et d’expériences dans cet irréductible petit port breton. Les anciens prétendent que dans la région de Port La Forêt, la nuit, pendant les coups de vent d’hiver, on entend l’appel de la mâture…

Maintenant, on dit «Portlaf».
Et on lève son bonnet s’il vous plaît…

20. Prends garde à toi…

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Foncia en finit de sa dispute avec le Pot-au-Noir : à cette saison, et au large du Brésil, il se situe vers 0°30 S et ne se manifeste pas trop méchamment. Quelques grains visibles sur les photos sat et bientôt l’alizé d’Atlantique Nord.


(affichage Ugrib, version pro).

Malgré le beau temps, la remontée de l’alizé, soutenu cette année, ne sera pas une partie de plaisir : vent du 60-70, 25 kt avec des grains, mer nerveuse. Chaud et humide à l’intérieur, humide et chaud sur le pont…

Derrière, Veolia se rapproche à grandes enjambées sur un petit air d’accordéon : bon pour le moral, mais ça ne durera pas. Il faudra cotiser comme tout le monde au passage du Pot-au-Noir. On fera les comptes le week-end prochain. Brit Air navigue toujours dans l’alizé d’Atlantique Sud en espérant l’adonnante à l’Est.

«Espérer». A bord, on ne fait que ça : espérer que le vent tourne, force, mollisse, ou «reste comme ça», que la mer s’aplatisse, que la pluie s’arrête ou reprenne si on manque d’eau. Espérer bientôt arriver et espérer repartir rapidement. L’espoir fait naviguer…

Psycho

A ce stade de la compétition, les considérations psychologiques tiennent presque autant de place que la stratégie météo. Comment déstabiliser Desjoyeaux qui semble lire dans les systèmes météorologiques comme d’autres dans les entrailles de poulet ? Pour Mich’, comment parquer les poursuivants d’un côté du plan d’eau pour mieux les surveiller et les regarder s’entre-déchirer ?

Chacun joue de sa personnalité avec plus ou moins de rouerie.

Mich’ nous le fait serein du genre : «J’applique avec continuité et discernement la méthode qui m’a si bien réussi jusqu’ici et qui fait que vous cavalez derrière. Tout va bien, je n’ai jamais eu de problèmes et d’ailleurs, je les ai résolus…»
Bilou met la pression en rappelant que son bateau est aussi rapide que celui du leader, qu’il ne lâchera pas le morceau et que rien n’est joué. Il tente de pousser Mich’ à la faute technique ou stratégique. Voilà pour la prise de tête. Mais la météo ?


Stratégie et tactique

Comme on est dans la dernière ligne droite, les notions de tactique vont reprendre leur droit et elles vont interférer avec la stratégie. Le problème se pose ainsi : une fois sorti de l’alizé, il faut traverser l’anticyclone d’Atlantique Nord. Voici la situation moyenne au mois de janvier-février.


   
- Si l’on espère des vents de secteur Ouest au Nord des Açores, il faut monter le plus vite possible plein Nord, vers les vents d’Ouest. Une fois servis, à peine le temps de saluer les collègues en pêche sur les bancs de Sole et nous voilà à la maison.
- Si, en revanche, on s’attend à du vent de Nord-Est ou d’Est à la fin du parcours, il faut se placer au large immédiat de la péninsule Ibérique pour gérer au mieux le vent contraire et variable.



Le choix devra se faire dès 15°N, dans l’alizé :

- Si on choisit l’option Ouest, il faut «ouvrir un peu» en abattant de quelques degrés pour gagner le plus rapidement possible vers le Nord. On gagnera vers l’Est plus tard, au voisinage des Açores, lorsque l’on aura atteint le flux d’Ouest.
- Si on privilégie l’option Est, il faut en revanche serrer l’alizé et ne pas faire d’écart vers l’Ouest synonyme de route perdue vers le but.

La solution du problème est loin d’être évidente : on devra s’appuyer sur les prévisions à long terme (une semaine à dix jours), dont on connaît les faiblesses. Toutefois, quelques outils évolués comme les prévisions d’ensemble et l’étude des types de temps peut permettre de résoudre le problème. En partie…

Le jeu stratégique se complique d’un subtil jeu tactique : les poursuivants savent qu’ils grillent ici leurs dernières cartouches. Attaquer dans l’Est pour essayer d’attirer le leader dans des zones sans vent où tout peut arriver ? Oser s’écarter loin dans l’Ouest pour toucher d’éventuels vents portants en premier ?

Garde-toi à droite, garde-toi à gauche. Angoisse de l’avarie si près du but. Il faut tenir jusqu’aux Sables…

19. Iles et courants

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Comme d’habitude, cette remontée du Brésil n’en finit pas. L’anticyclone en a fini d’accompagner les coureurs dans leur déplacement vers le Nord. Il était collant, le camarade. Desjoyeaux et Jourdain naviguent enfin dans un bel alizé de Sud-Est qui permet des moyennes élevées dans de bonnes conditions. Le Cléac’h est toujours sur la bordure de l’anticyclone, au près. L’adonnante n’est prévue que mardi. Voici la situation le 19 au matin affichée sur Maxsea.

Devant, Mich a déjà la tête dans les nuages du Pot-au Noir et peaufine son passage. Tout peut arriver là, surtout les ennuis. Dans cette zone, on n’est d’accord sur rien : même l’étymologie du fameux chaudron est sujette à caution. Pour les uns, ce pot viendrait d’un jeu de colin-maillard où le perdant se colletait avec un pot de vieux cirage. Pour d’autres, ce serait la traduction d’une expression portugaise caractérisant une situation inextricable.

Le passage du Pot-au-Noir en janvier-février est beaucoup plus rapide que lors de la descente. L’affaire est, en général, bâclée en une journée. Le minimum de vent se trouve vers 0°30 S, et le maximum de nébulosité vers 4° N. Le passage en est en général aisé entre 28°W et 32°W.

Une fois passé le Pot-au-Noir, c’est là, vers les latitudes zéro, que les stratèges vont sortir quelques-unes de leurs dernières munitions. La remontée de l’Atlantique Nord est toujours passionnante.

En attendant, messieurs, profitez bien du merveilleux ciel austral : encore un petit coup de Croix du Sud, de Nuage de Magellan, Canopus et Fomalhaut. Bientôt, une petite étoile bleutée se tiendra près de l’horizon, dans le Nord : la Polaire vous causera de la maison…

La pointe Nord-Est  du Brésil

Il s’en passa des choses ici, pas tellement sur l’eau (on est dans le régime d’alizé du Sud-Est, stable en général), mais sous l’eau et au fond.

Le système des courants équatoriaux se fait sentir au Nord de Natal. Le courant Sud-Equatorial porte vers l’Ouest à 1 kt environ et se renforce sévèrement à l’approche de la côte.


http://bulletin.mercator-ocean.fr/

Il devient très fort le long de la côte Nord brésilienne et a joué plus d’un tour aux compétiteurs navigant à l’aviron vers la Guyane.

Vers 80-100 mètres de fond, changement de décor : le sous-courant équatorial se dirige vers la côte Africaine à plus d’un nœud. Les pêcheurs qui voyaient leurs filets s’échapper vers l’Est ont anticipé les découvertes des océanographes.

Quelques kilomètres plus bas, tout au fond de l’océan, la zone est particulièrement agité : dorsale médio-océanique, monts sous-marins et failles donnent un paysage contrasté.


http://www.gebco.net/

Certaines montagnes sous-marines se contentent de donner des hauts-fonds isolés qui sont autant de zones de pêches fructueuses D’autres émergent pour former quelques îles perdues au milieu de nulle part : l’idyllique archipel de Fernando de Noronha, l’atoll das Rocas, à fleur d’eau, signalé par un phare dont on aimerait croire qu’il n’est jamais en panne, et les rochers jumeaux de Saint-Pierre et Saint-Paul.

L’atoll das Rocas :


http://www.oceandots.com/atlantic/rocas/

Saint-Pierre et Saint-Paul :

On y trouve des oiseaux, des scientifiques, des pêcheurs et des navigateurs ayant oublié leurs cartes.

18. Marquage

Par

Ils nous épuisent… Mich’, Bilou et Armel jouent avec nos nerfs – et incidemment avec les leurs. Ces gens-là sont conséquents : ils collent à leurs stratégies générales sans faiblir. Les classements qui nous excitent tant ne les déstabilisent pas. Il ne faut pas s’y tromper : ce n’est pas signe d’un entêtement bien breton. Au contraire, c’est la preuve qu’ils savent ce qu’ils font et que, malgré la fatigue, ils sont capables de se débrouiller dans des stratégies plus que compliquées.

L’affaire demande du doigté : il s’agit de s’enfoncer dans les hautes pressions, jusqu’à voir venir le vent d’Est qui permettra de filer vers l’équateur vent de travers, à bonne vitesse.
- Si on pousse trop loin dans l’anticyclone et sa dorsale, on risque de passer du temps dans les calmes qui en marquent le centre.
- Si on vire trop tôt, on ne touchera pas ce vent d’Est bienveillant et on se traînera jusque l’équateur.

La carte suivante, qui est un montage des données de Quikscat (http://manati.orbit.nesdis.noaa.gov/quikscat/), illustre le problème le 14 janvier 2009 au soir.

Desjoyaux et Jourdain sortent doucement des griffes de l’anticyclone sub-tropical. Il faut tourner le coin de l’anticyclone et anticiper la bascule de Nord à Nord-Est. L’évolution à l’Est puis au Sud-Est dans l’alizé d’Atlantique Sud ne devrait pas tarder.

Tous les navigateurs sont au courant de la stratégie générale. Mais le diable est dans les détails : il faut trouver des observations sur zone, (rares dans la région), se crever les yeux sur les photos satellitaires, guetter les observations des diffusiomètres embarqués sur les satellites scientifiques, faire les yeux doux au moindre nuage, cajoler le baromètre.

Pour eux, encore une journée au près dans une mer casse-bateau (tenir, ne pas s’emporter), puis viendra la zone tropicale. Bientôt la mer bleue, les vents plus réguliers et la température en hausse (ça va vite les énerver…). On fera sécher les fringues (bonjour l’odeur…), on va aérer et ranger le bateau (tiens, revoilà le CD paumé dans le Pacifique). Pour tester la forme, un petit tour dans le gréement permettra de vérifier les drisses, les ancrages de haubans, enfin tout ce petit monde de mécanique et de bouts de ficelles à haute technologie qui fait tenir debout mât et voiles.

Prochain chausse-trappe : le Pot au Noir dans une petite semaine. A peine le temps de se remettre les neurones en place.

Le Cléac’h est toujours dans la zone de transition entre vent d’Ouest et anticyclone, au voisinage du front semi-permanent d’Atlantique Sud. Il y a des hauts et des bas selon que les petites dépressions sont coopératives ou non : on gagne 100 milles comme dans un rêve dont on perd la moitié dans les douze heures qui suivent. Pas facile d’établir un bilan conséquent.


http://www.sat.dundee.ac.uk

Plus au Sud, vers le cap Horn : casque lourd pour tout le monde. La dépression hargneuse devrait amener du vent de l’ordre de 60 kt. Certains concurrents auront même l’occasion de voir passer un centre dépressionnaire actif. Je ne suis pas certain qu’ils aient le temps de prendre des photos.

Prévision pour le 16 janvier, 00h00 UTC.

http://www.hpc.ncep.noaa.gov/international/day1-5.shtml

Marquage au large

On parle beaucoup de «marquage» en ce moment. Marquer un poursuivant veut dire se positionner de façon à éviter les mauvaises surprises. On est devant et on veut y rester.

Sur des parcours de taille réduite, on applique l’adage : «Se tenir entre le but et l’adversaire». On se dit qu’ainsi, il ne peut pas arriver grand-chose. Au pire, l’adversaire se rapprochera, mais une fois au contact, il n’aura plus d’opportunité de dépassement. «No pasara.

C’est un marquage tactique.
Derrière cette pratique sont cachées les hypothèses suivantes :
- les bateaux ont des conditions «pas trop différentes».
- les variations du vent autour de la moyenne ne sont pas prévisibles.

Au large, le marquage est plus subtil. Voici un exemple.

Le bateau A est poursuivi par B et C. Bien évidemment, B attaque à l’Ouest, et C à l’Est. Un marquage tactique serait pour A de faire de l’Ouest pour se placer entre B (qui est le plus proche) et la marque en espérant ainsi limiter les dégâts. Ce serait une grossière erreur, car la porte serait ouverte à C qui pourrait en profiter.

En effet, le danger n’est pas du côté de B qui sera au près, donc lent et prend, à l’envers, la bascule prévue de Nord à Nord-Est. Incidemment, il se rapprochera de la côte brésilienne, de ses vents variables et du courant adverse portant Sud. Lui, «il est blète».

Le danger est porté par C, qui peut toucher la bascule à l’Est rapidement et foncer ensuite vers l’équateur avec un meilleur angle par rapport au vent que le leader.

Il est impératif pour A de contrôler C de manière serrée, en ne lui laissant pas faire d’écart vers l’Est, synonyme de bascule à l’Est et de vitesses supérieures jusque l’équateur.

Le jeu de A est donc de laisser B continuer sa route vers l’Ouest en l’enfonçant dans son impasse stratégique. On le confortera dans son option en l’accompagnant quelques heures juste avant le black-out nocturne avant de virer pour aller chercher C !

Au large, on applique donc un marquage stratégique : on protège le côté favorable du point de vue météo et pas simplement en se plaçant entre la marque et le concurrent.

Le marquage tactique ne s’applique pas car on n’est pas dans les bonnes hypothèses. Ici, les bateaux peuvent avoir des conditions différentes, et on peut, dans une certaine, mesure, prévoir ces conditions.

17. Sale coin

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Point de mire : 20° S entre 30°W et 40°W, soit 300 à 500 kilomètres au large de la côte brésilienne – trop loin pour entendre la samba. C’est par là qu’on peut tourner le coin de l’anticyclone et s’échapper dans les alizés de Sud-Est.

En attendant, la route est pavée de mauvaises intentions.
A gauche, vers la côte sud-américaine, on fait quasiment route directe, mais calmes et petites dépressions hargneuses s’y succèdent rapidement. Fatiguant et gare à l’erreur.
A droite, vers le milieu de l’Atlantique, les choses commencent plutôt bien : on garde ces «braves vents d’Ouest» un moment. Mais l’anticyclone attend son heure, assis au milieu de l’Atlantique. Ne pas s’y retrouver englué.
En fait, il va falloir tricoter au voisinage de la route directe, en faisant moins d’erreurs que les autres.

Desjoyeaux sort doucement de l’anticyclone – enfin, il essaie. L’autre ne se laisse pas faire : un peu plus loin dans l’Ouest, mais surtout un peu plus Sud, Jourdain tente de ne pas se faire décrocher. Il lui faut aussi compter avec les cétacés. «Save Bilou», les mastodontes ! Soyez sympas, il ne fait que passer et prend bien soin de notre bonne vieille Terre-Mer.


Le 12 vers 00h00 UTC (modèle ECMWF affiché sur Maxsea ®).

Pour le moment, ce qui fascine nos navigateurs, c’est la nurserie à dépressions au Nord du rio de La Plata. Il s’agit d’utiliser au mieux une de ces petites dépressions, signe de vent soutenu… si on a de la chance.
Dimanche 11 à 12h00 UTC, c’est encore une bien petite chose que l’on devine sur les analyses de surface et les champs de vent (entourée en bleu).


https://www.mar.mil.br/dhn/chm/meteo/indexing.htm

La photo sat est plus alarmante :


http://www.sat.dundee.ac.uk/

On se retrouve avec un classique problème de Certificat d’étude : une dépression part d’Amérique du Sud et se dirige vers le Sud-Est à 20 nœuds ; un monocoque de 60 pieds venant du cap Horn se dirige vers Les Sables-d’Olonne à 10-12 kt. A quelle heure et quelle position le navigateur va-t-il prendre le premier ris et mettre son ciré ? On ramasse la copie demain matin.
Bien sûr, comme c’est une histoire de bateau à voiles, la solution est un peu plus compliquée qu’un simple problème de trains. Il faut, au moyen des photos satellitaires, repérer avec précision la naissance de ces petits monstres, et le moment où elles vont être capables de prendre leur élan vers le Sud-Est.
Ensuite, il faut se placer : Mich’ (gris) n’en aurait que des miettes, et de plus dans le nez. Bilou  (rouge) devra jouer fin avec le centre et Armel (bleu) en profiterait pour refaire une partie de son retard.

Pas simple, mais paysage habituel. Il y a trois façons de résoudre les problèmes : la bonne, la mauvaise et celle de la Marine…

Les anticyclones au large de l’Amérique du Sud

Quelques indications sur la météo de l’Atlantique Sud. La transition entre les vents d’Ouest et l’anticyclone de l’Atlantique Sud ne s’effectue pas sans difficulté. On y rencontre deux sortes de systèmes anticycloniques :
- L’anticyclone sub-tropical d’Atlantique Sud, celui que l’on appelle anticyclone de Sainte-Hélène. C’est le patron sur zone. Il envoie de temps en temps une dorsale vers le large de la Patagonie, comme dans les jours précédents (exemple le 9 janvier 2009) :


http://www.hpc.ncep.noaa.gov/international/day1-5.shtml

- Les anticyclones migrateurs qui se forment derrière les fronts froids des dépressions australes. Ce sont des garnements qui se déplacent vers l’Est entre 15 et 20 kt.

Lorsque ces anticyclones migrateurs s’approchent de l’anticyclone de Sainte-Hélène, c’est la guerre des gangs : il se forme une petite dépression hargneuse qui ira vivre sa vie plus tard dans l’Atlantique Sud. Ces dépressions amènent d’abord un régime orageux à la côte, avant de poursuivre leur chemin en mer. Le vent peut y atteindre 40 à 45 kt au voisinage du centre, et les grains orageux sont à surveiller. C’est ce qui va arriver dans les prochains jours.

La route devient alors complexe : échapper aux bulles anticycloniques en déplacement, se positionner correctement par rapport à la dépression en formation et utiliser au mieux son déplacement.

16. «Traverser la mer à l’insu du Ciel»

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Ils ont «traversé la mer à l’insu du Ciel».
Ceux qui naviguent maintenant en Atlantique l’on fait. Enfin, certains d’entre eux, pas tous, pas encore. Et non sans anicroches ni meurtrissures. Ils en sont fiers, avec modestie.

Devant, Desjoyeaux et Jourdain s’échappent. Ils semblent inaccessibles. Toutefois, on ne sait pas ce qui se passe à bord, les petits ou gros problèmes. Il reste encore 7000 milles : deux Route du Rhum à suivre. Donc, tout reste à faire.

Après le cap Horn, pressés de filer vers le Nord, ils ont fait route directe dans le détroit de Le Maire, entre Terre de Feu et île des Etats, puis à l’Ouest des Malouines. En gros : «Y en a marre du Sud, on se casse». Il y avait peut-être moyen d’être un peu plus patient …

Pour le moment, ils utilisent les vents d’Ouest le plus longtemps possible : Mich’ avec prodigalité en se laissant porter par le flux, au besoin en s’écartant de la route directe. Bilou est un peu plus avare des milles parcourus et ne s’éloigne pas trop de la route directe.


Le 8 à 03h00 UTC. http://www.vendeeglobe.org/fr/

C’est que le problème se pose à plus long terme : que fait-on de l’anticyclone qui se développe au large de la côte Argentine ?

Il est déjà visible sur les cartes de surface :


http://meteoarmada.directemar.cl/prontus_meteo/site/edic/base/port/inicio.html

Avec un peu d’attention, on le repère sur la photo sat à la zone claire qui stagne au large de la pampa.


http://www.sat.dundee.ac.uk/

La question est maintenant : l’anticyclone va-t-il se déplacer vers l’Est ou non ?
- S’il se déplace vers l’Est, il faut dégager rapidement pour ne pas se faire prendre dans les calmes, quitte à s’éloigner franchement de la route directe.
- S’il reste au voisinage de la côte sud-américaine, on privilégie la route directe.

Et la prévision alors ? Bien sûr, c’est entre les deux ! HP traîne le long de la côte argentine, puis dégage vers l’Est rapidement… Il va falloir jouer fin.

Voici la prévision pour le 9 : HP se tient sagement le long de la côte argentine, et on en profite pour grimper vers le Nord.



Le 10, ça se gâte :
HP est parti visiter l’Atlantique Sud, et il se mangerait bien un petit bateau pour la route.



Et c’est précis, ces prévis-là ?
Moyen-moyen : pas mal pour la situation générale, plus incertain pour le timing des opérations.
On vous avait prévenu, ce n’est pas encore les vacances pour les navigateurs.
 

15. Le Horn, et après ?

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Michel Desjoyeaux a doublé le cap Horn ce matin, profitant au mieux de son approche par l’Ouest. La rotation du vent à l’WNW au voisinage des reliefs chiliens l’a joliment fait atterrir quasiment sur un bord au voisinage de l’île Horn.


http://manati.orbit.nesdis.noaa.gov/quikscat/

Le «cap Dur» marque la fin du Pacifique austral et le retour à la civilisation. Toutefois, l’affaire n’est pas à prendre à la légère. Les dépressions s’engouffrant dans le détroit de Drake entre les Andes et la péninsule Antarctique sont sévères. L’une d’elles, située le long de la péninsule Antarctique, se déplace lentement vers l’Ouest : 30 à 40 kt de vent d’Ouest, mollissant 25 kt après le passage du Horn. Encore un peu de patience…

http://meteoarmada.directemar.cl/prontus_meteo/site/edic/base/port/inicio.html

Rester concentré malgré ce mélange de soulagement et de nostalgie qui marque l’abandon du monde austral si simple, si dur et si dense.

Il va aussi falloir changer de mode de travail : passer d’une mentalité de résistance, adaptée au marathon austral, à une mentalité plus agressive ; imposée par les prises de décisions rapides en Atlantique Sud.

Les «vieux routiers» s’y préparent depuis plusieurs jours, et leurs stratégies vont rapidement être mises à l’épreuve :
- passage dans le détroit de Le Maire ou non, entre l’île des Etats et la Terre de Feu ?
- de quel côté passe-t-on des Malouines ?

Le voisinage de l’île des Etats et le détroit de Lemaire

Le détroit de Le Maire pose, à l’échelle 2 ou 3, les mêmes problèmes que le raz Blanchard en Manche. Les courants de marée sont de l’ordre de 4 kt dans le chenal et peuvent atteindre 6 à 8 kt au voisinage des pointes aussi bien côté île des Etats que côté Terre de Feu. On ne s’y engagera que par bonnes conditions et on l’évitera par vent de NW.

Le courant des Malouines

Le courant des Malouines est la continuation du courant du cap Horn, lui-même partie du grand courant circumpolaire. C’est un courant froid qui se dirige grossièrement vers le Nord. Il se fait sentir jusque 37°S. Il rencontre le courant chaud du Brésil, provenant des zones tropicales au large de l’Uruguay. La zone de transition affiche tout le bestiaire des tourbillons, méandres, front thermiques océaniques…


http://www.mercator-ocean.fr/html/produits/description/welcome_fr.html

Les atlas classiques lui donnent une vitesse de l’ordre de 1 kt, voire 1,5 kt à 2 kt, entre 55°S et 48°S. Les relevés font souvent état d’un courant de l’ordre de 3 kt à l’Est de l’archipel. On trouve aussi des contre-courants sur le banc Burdwood, au Sud des Malouines.

Stratégie à moyen terme

Une fois passé le Horn et l’île des Etats, on peut espérer en avoir fini avec la partie physique du parcours. Les choses n’en sont pas plus claires pour autant.
Le problème se pose ainsi :
- essayer d’utiliser les vents d’Ouest ou de Sud-Ouest le plus longtemps possible au large de l’Argentine.
- utiliser le courant des Malouines, qui peut être fort (2-3 kt)
- ne pas se faire prendre dans la zone de vents variables le long de l’Amérique du Sud, où sévissent anticyclones migrateurs et petites dépressions orageuses.
- gérer le voisinage de notre encombrant camarade l’anticyclone de Sainte-Hélène, qui prend ses aises dans une bonne partie de l’Atlantique Sud.

Desjoyaux et Jourdain devraient conserver un flux d’Ouest à Nord-Ouest modéré jusque 45°S. Ensuite se posera le problème de la zone de transition entre vent d’Ouest et voisinage de l’anticyclone atlantique.

Nous y reviendrons.

14. La noire sous les pylones

Par

L’océan Austral, on aime ou on n’aime pas : c’est «la piste noire sous les pylônes». Elle dure un mois et si l’on veut exprimer son talent dans le gros temps, c’est là qu’il faut être. Le bout du bout du monde : «Quarantièmes Sud sans foi, cinquantièmes sans loi, soixantièmes sans dieux. Il ne reste que les Hommes», chantaient les longs courriers. Température de la mer 5° à 6°C, pas beaucoup plus pour l’air. Succession de temps bouchés et de clartés somptueuses derrière les fronts froids. Houle majestueuse et albatros. On sait pourquoi on est venu…
Si on n’aime pas, c’est simplement l’enfer : la peur de casser, les coups de vent sans fin, la roulette avec les vagues et la glace, les serments d’ivrogne : «Plus jamais ça».

Cette année, le parcours est largement «saucissonné» par les portes de glace qui n’en finissent pas de remonter vers le Nord. La glace est certainement un hasard à éviter, mais on ose espérer que l’on ne s’emporte pas dans la prise de décision ajoutant des demi-degrés aux demi-degrés à chaque maillon de la chaîne. «Aucune précaution ne peut remplacer la prudence. Faites attention». Certes, certes…


La situation météo

La dépression qui a bousculé la flotte la semaine passée est maintenant stationnaire aux environs de 61°S-135°W. C’est elle qui commandera le temps dans les prochains jours.


http://www.bom.gov.au/cgi-bin/nmoc/latest.pl?IDCODE=IDX0032

De petites dépressions secondaires se forment dans l’air froid et circulent autour de la dépression principale. Elles font leur tour de manège emportant avec eux la bascule au NW, puis le front secondaire suivi de sa traîne active.

Situation lundi matin 29 décembre affichée par U-grib (http://www.grib.us/).

Et tournez manège… Prévision pour le 30 décembre :

Le vent reste dans la gamme 30 à 45 kt, avec des grains puissants à l’approche des fronts froids et dans les traînes. La routine.

Pour les navigateurs, il s’agira de négocier au mieux les bascules Sud-Ouest, Ouest, Nord-Ouest, en phase avec les passages de portes. Une sorte de régate entre trois bouées, finalement.

La météo du Pacifique Austral : trois régimes possibles

Le Pacifique Sud présente trois régimes particuliers qui dicteront le caractère de l’étape. Les phénomènes qui commandent le type de temps dans le Pacifique Sud sont l’activité du front froid semi-permanent au voisinage de la Nouvelle-Zélande, et l’activité du front froid semi-permanent du Pacifique central.

Régime 1 : le front froid de Nouvelle-Zélande et le front froid du Pacifique central sont peu actifs, ce qui correspond à l’anticyclone du Pacifique Sud en un seul morceau. Le Pacifique Sud est alors calme, et l’on rencontrera peu de dépressions, sauf au Sud de la Nouvelle-Zélande et vers le Horn. Le vent est principalement de W à NNW entre 15 et 25 kt, avec brumes intenses et tenaces.

Dans ce cas, la stratégie sera de raccourcir la route en descendant aussi Sud qu’il est raisonnable pour éviter la glace et garder du vent 25 kt environ. Ce n’était pas la situation pour la tête de flotte, mais ressemble plus à ce que subit le milieu de flotte (Roxy, Virbac).

Régime 2 : le front froid de Nouvelle-Zélande est actif. La zone à l’Est immédiat de la Nouvelle-Zélande est agitée. Ceci correspond à une partition de l’anticyclone subtropicale avec créations de dépressions sur le front froid ainsi formé. On devra gérer des coups de vent au Sud de la Nouvelle-Zélande. La suite du parcours dépend de l’activité du front froid du Pacifique central.

C’est le régime qu’a subi la tête de la flotte.

Régime 3 : le front froid du Pacifique Sud est actif, ce qui correspond à une brisure dans l’anticyclone. C’est une situation courante et agitée.

Le thalweg semi-permanent qui se forme à la liaison entre les deux anticyclones est un nid à dépressions :
- soit elles se forment directement sur le thalweg, à la rencontre de l’air froid et de l’air chaud ;
- soit les fronts froids de l’océan Austral y génèrent des dépressions secondaires hargneuses ;
- soit le thalweg sert de zone de transit à des dépressions tropicales venant se recycler dans le courant d’Ouest.

Dans les trois cas, les dépressions seront violentes et d’autant plus agressives qu’elles peuvent se mettre en phase avec des fronts froids de l’océan Austral.

Pour le moment, ce front froid est peu actif et ne devrait pas affecter les leaders. Les choses pourraient changer pour le reste de la flotte…